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Ultra Trail, tentative de traversée du massif du Mercantour

Eric Lecomte, coach pour Ownsport sur Cagnes sur Mer nous relate la tentative de traversée du Massif du Mercantour qu’il a effectué le 25 Août 2016, retour sur cet évènement sportif.
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Le départ de l’Ultra Trail

Jeudi matin à 5h marquera le début de ma tentative de traversée du Mercantour (massif montagneux du 06) seul et en semi autonomie (pause sommeil en refuge). Cette traversée à été créée en juillet 2016 sous les conseils de guides de montagne du mercantour afin de mettre en place une Grande Randonnée de prestige reliant la montagne à la mer au sein de nos montagnes du 06. L’ambition avouée par le département est de concurrencer les grands itinéraires de randonnée tel que le GR20 en corse, le tour du Mont Blanc dans les Alpes ou encore le GR10 dans les Pyrénées.
Le bilan en chiffre de la traversée est le suivant 212km 11230 D+ & -12990 D-, d’Estenc a Menton.
Ci dessous le parcours en 3D :
Après avoir finit l’UTCAM – Ultra trail Cote d’azur Mercantour – 140km +10000 -9000 de Nice à saint Martin Vésubie (http://www.ultratrail06.com/2016/) l’année dernière, je souhaite continuer, à travers ce nouveau défi, d’explorer ma région.

Prévue pour des randonneurs en 16 étapes et 16 jours

Je vais tenter au gré de ma forme et de la météo de boucler cette traversée en un minimum de temps. Tout est possible dans ce genre de défi, aussi bien la réussite, l’abandon, la blessure … mais après m’être minutieusement préparé, j’aimerai boucler ce défi et me jeter dans la mer à Menton avant dimanche soir afin de mettre en place un premier « temps de référence ». Qui sait peut être qu’un jour des spécialistes comme Kilian Jornet, Antoine Guillon ou autre François D’Haene viendront défier ce beau massif du Mercantour.

Environ 80% de cette traversée se situe entre 2000 et 2500m d’altitude avec notamment le sommet de cette traversée a 2700m et 3 sommets à plus de 2600m, il va donc falloir que je gère l’effort en altitude qui fatigue bien plus que l’effort en bord de mer, et les conditions climatiques qui varient énormément à ses hauteurs aussi bien au niveau des températures (qui seront négatives la nuit) que des possibles orages ou encore du brouillard… toutes ces données peuvent bien entendu ralentir ma traversée.
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Prévoyant mais léger

Afin de palier au maximum d’éventualités, je vais partir avec un sac avoisinant les 10kilos, afin je l’espère manquer de rien. Composition du sac : 2 à 3 litres d’eau, un chargeur solaire, 1 montrer GPS, 2 lampes frontale, 2 téléphones GPS, 1 boussole, 1 doudoune, 1 coupe vent, 1 veste de pluie, 1 casquette, 1 tenue de rechange, 1 crème solaire, 1 mini gel douche, les cartes IGN, le guide de la traversée avec description des étapes, 1 go pro, enfin la nourriture : barres de céréales, pattes de fruits et autres gels, des Tuc, saucisson, fruit sec, 1 quiche, spaghetti …. etc
La couverture partielle par le réseau GSM au sein du parc national du Mercantour relativise grandement l’efficacité du téléphone portable, je tenterai a chaque opportunité d’envoyer un message a mon frère afin qu’il donne mon avancée sur ma page Facebook  » https://www.facebook.com/eric.lecomte.520 « 
Voila, comme avant chaque défi, impatience, appréhension et stress commence à m’envahir, mais c’est sans doute un peu de tout ça qu’on recherche quand on se lance dans ce genre d’aventure…
Je n’oublie pas de rendre hommage a Victor de Cessole qui au début du 20eme siècle via de multiples expéditions a largement contribué à la conquête des différents sommets des Alpes Maritimes. Je vais humblement m’inspirer de son approche en tentant donc de rallier Estenc à Menton (voir carte ci joint) en cheminant sur cet itinéraire d’envergure, aussi somptueux qu’exigeant, de la montagne à la mer.
En espérant revenir vers vous avec un beau résumé, un jolie chrono et de magnifiques photos à mon retour…
A dimanche donc 😉

MAJ : récit de ma grande traversée du Mercantour !

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Comme prévu, je pars mercredi au départ de la grande traversée en voiture avec un ami, au programme un repas dans un petit restaurant et une nuit en tente. Dernier moment de compagnie indispensable avant de partir pour 212 km et +11200 m de dénivelé en solitaire …

Un grand merci à Xavier pour cette soirée hyper sympa et ses encouragements.

Départ 5h d’Estenc, ponctuel, pour profiter de la fraicheur de la nuit avant d’entrer dans la canicule qui sera l’élément qu’il faudra combattre à chaque instant de la traversée.

Mauvaise sensation au départ, sans doute due au poids du sac, plus lourd que dans une course classique ou des ravitaillements nous attendent régulièrement. Malgré tout j’avance bien.

Les 30 premiers kilomètres défilent assez vite, les jambes répondent présent. Les décors plus jolis les uns que les autres se présentent à moi, je prend note d’endroits que je découvre et ou il faudra que je retourne prendre le temps d’apprécier.

Première pause après 6h de course

Il est approximativement 14h quand les premiers signes de lassitude se font ressentir. Après 6h de course, à l’approche du refuge de Vens (km 56 +3400 -2900), l’heure de prendre une 1ère grande pause et de manger quelques choses de plus consistant que les bars énergétiques que j’ai dans le sac. Une sieste de 20 minutes, puis je prend le temps d’admirer du refuge les lacs de Vens en contrebas, le spectacle est exceptionnel et redonne du baume au coeur.

La chaleur est accablante, mais c’est clairement l’ennemi le plus agréable à combattre, bien plus qu’un vent puissant, qu’un brouillard épais, que la pluie ou pire encore, les orages.

C’est reparti avec l’intention de gérer l’après midi sans se cramer, la route est encore longue très longue… l’objectif est de manger voir dormir selon l’état au kilomètre 81 au refuge Alexandre Foches en Italie. Cela ferait un peu plus du tiers de la traversée et me mettrait dans de bonne condition pour finir en 3 jours ou 3 jours et demi qui était l’objectif de départ. Soit encore 25 kilomètres à avaler.

Les jambes commencent à ressentir la fatigue de la journée mais surtout la lassitude commence à me gagner, je branche alors mes écouteurs et continue en musique, l’effet est libérateur.

Objectif atteint le 1er jour mais…

Malgré une déviation surprise sur le « chemin de l’énergie » au niveau du kilomètre 64 (faisant passer par un col plus haut que prévu…), j’arrive comme espéré vers 19h30, 20h au kilomètre 81 +4270 -4195, après 15h d’effort. Le repas est copieux comme j’en rêvais depuis 2 bonnes heures, des pâtes au pesto faites en Italie… le cliché, mais quel pied ! Je me ressers 2 fois ! Pendant le repas j’envisage d’aller me coucher (21h) et de me réveiller tôt vers 3h pour partir à la fraîche, le plan est prêt… et vacille complètement quand j’entre dans le dortoir !!! Déjà 4 personnes dorment…. et surtout ronflent terriblement fort, un vrai concerto… Je décide de repartir… Quitte à ne pas dormir autant avancer!

Je prend mon road book, je l’analyse et je décide de partir pour 21 kilomètres de plus et de dormir à Isola 2000 au km 102, j’estime mon arrivée vers 1h du matin, ma seule crainte est de me perdre dans la nuit. Je repars donc dans ma marche en avant, très vite changement d’ambiance, je ressens multiplié par 10 comparé à la journée le poids de la solitude, la peur me gagne peu à a peu. Au bout de tout juste 15 minutes je m’arrête, je réfléchis, je m’offre la possibilité de faire demi tour… après tout je ne suis pas à plus de 2 km du dernier refuge… Mais en réfléchissant à tout ca, je coupe ma lampe frontale, et regarde le ciel… quelle chance j’ai d’être ici à ce moment précis, la clarté est exceptionnelle, la densité d’étoile est folle, je suis admiratif, j’ai moins peur, je prend la décision de continuer mais de mettre mes écouteurs afin de ne plus réfléchir au moindre bruit que j’entends.

2h du matin, arrivée à Isola

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Impossible de se perdre tant que la lucidité est là, il faut remercier le département 06 pour le balisage au top de cette GTM ( Grande Traversée Mercantour ). J’arrive avec 1h de retard sur mes prévisions, l’avancée nocturne est plus lente, les jambes sont plus lourdes mais la fraîcheur nocturne fait un bien fou. Il est 2h du matin, plus rien est ouvert à isola 2000, je dors donc devant un hôtel dans ma veste, encore une fois les conditions sont idéales, j’y suis bien, je n’ai pas froid, je ne ressens pas d’humidité…. quelle chance.

Couché 2h, levé 5h. Dans l’euphorie de la veille je repars avec un énorme sourire, j’ai déjà fait 102km, je suis clairement dans mes estimations haute, voir très haute, presque non envisagée… mais la journée sera bien différente en ce jour 2.

Jour 2, la lutte

Je n’avance plus, je lutte, j’ai mal aux épaules, chaque pas est un effort terrible, et je ne l’accepte pas. Difficile de passer de la forme de sa vie à l’enfer…. ou plutôt à la réalité. Bien entendu que je n’allais pas repartir aussi vite que la veille, bien entendu … mais je l’avais sans doute espéré en m’endormant.

La chaleur revient avec le soleil. Les maux d’estomac arrive…. pour la première fois de l’aventure je commence à me demander ce que je fais là, au milieu de nulle part. Ne ferais-je pas mieux de tout arrêter étant à peine à la moitié…

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Tant bien que mal j’arrive au kilomètre 135 vers 14h au lac de Trecolpas. Je craque, je m’arrête, je décide de me baigner. L’eau est fraîche mais fait un bien fou, puis je fais une sieste et repars vers le kilomètre 140, la madone de Fenestres où pour la première fois le réseau 3G est reçu par mon téléphone. Je découvre les messages de mon frère, du team d’entrainement « chaton », de mes amis, je ne crois pas qu’il y a meilleur remède que ca, je suis toujours épuisé mais le moral est remonté au top, plus question d’arrêter quoi que ce soit, ca prendra le temps que ca prendra mais je finirai cette traversée.

Dans mon manque de lucidité je me rend même pas compte que je suis bien en avance sur mes estimations. j’avais prévu de dormir ici le soir du jour 2 au 2 tiers tout simplement… grâce à la belle avancée du jour 1.

Je repars du km 140 et de la madone de Fenestres avec l’objectif de dormir au kilomètre 170 « camp d’argent ». Mon avantage a partir d’ici c’est que je connais les sentiers par coeur, ça va aider. Surtout, la beauté des paysages n’est pas prête de s’arrêter, je vais entrer dans la vallée des merveilles.

Fin du jour 2

J’arrive vers 23h30 à camp d’argent après avoir profité d’un coucher de soleil magnifique en haut de la cime du diable, je téléphone à mon frère je lui donne rendez vous le lendemain matin au km 190 à Sospel vers 9h pour finir avec lui.

5h de sommeil réparatrices s’en suivent, je repars à 4h30, pour les 42 derniers kilomètres, un dernier marathon avec du dénivelé et des cailloux et ça en sera finit. Je ressens moins la fatigue que la veille, l’odeur de la fin sans doute, l’idée de retrouver mon frère aussi.

Départ 4h30 à la frontale, arrivée sans encombre à Sospel à 9h comme prévu après avoir profité de mon dernier levé de soleil de l’aventure, je m’assois et je réalise que je n’ai plus mes bâtons… Manque de lucidité évident, l’euphorie m’évite de trop ressentir la fatigue physique et le manque de sommeil, mais la preuve est là je ne suis plus lucide, j’ai laissé mes bâtons sur les sentiers et je ne m’en rend compte que 20 kilomètres plus tard…

Je finis avec mon Frère

Mon frère arrive, pour les 22 derniers kilomètres, qui vont passer très vite grâce à lui, blague, souvenir tout y passe… et enfin on aperçoit la mer… cette fois ça sent la fin !!!

Dernier passage dans les marches du vieux Menton et arrivé sur la plage de la Sablette ! C’est fini !

212 kilomètres, +11200 -13000 de dénivelé, 57h !

Un chrono jamais vraiment envisagé avant le départ et pourtant plus d’une fois l’impression de souffrir plus que ce que je pensais et de pas avancer…

Surprise à l’arrivée, tenus informé de mon avancée par mon frère, 2 journalistes de Nice matin sont à l’arrivée pour officialiser le chrono. Quelques photos et questions plus tard, il est désormais temps de fêter ça et de se reposer, enfin.

Je ne peux que remercier tout ceux qui m’ont encouragé par message et mon frère qui m’a aidé à finir… première fois que je pars en solitaire sur un défi de ce type. Merci a tous ceux qui m’ont porté, aujourd’hui le sentiment de plénitude domine, je suis aussi heureux qu’épuisé.

 

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3 pensées sur “Ultra Trail, tentative de traversée du massif du Mercantour”

  1. PAs mon truc la course à pied à la base mais alors là quelle horreur… Ça a du être un de ces calvaires… Y’en a qui sont vraiment maso !

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